Dès l’annonce d’un diagnostic d’endométriose, une question revient presque immédiatement : « Vais-je pouvoir avoir des enfants ? ».
Sur le terrain, les témoignages se recoupent. « On m’a dit à 21 ans qu’il fallait que je me dépêche si je voulais un enfant un jour. Je n’y avais même jamais réfléchi », raconte Camille, étudiante. Comme elle, de nombreuses jeunes femmes décrivent des consultations marquées par des discours alarmants autour de l’infertilité.
À ces injonctions s’ajoute une autre idée largement diffusée : la grossesse pourrait « faire disparaître » l’endométriose. « On m’a presque présenté la grossesse comme un traitement. Ça m’a mise sous pression alors que je n’étais pas du tout prête », confie Inès, 24 ans.
Entre peurs légitimes et idées reçues, ces messages influencent fortement les choix de vie. Que dit réellement la science ? L’endométriose rend-elle infertile ? Et quelles sont les options aujourd’hui pour préserver ou accompagner un projet bébé ?
Endométriose et infertilité : une réalité… mais pas une fatalité
L’endométriose est aujourd’hui identifiée comme l’une des principales causes d’infertilité féminine, juste après les troubles de l’ovulation (comme le SOPK). On estime que 30 à 40 % des femmes atteintes rencontrent des difficultés pour concevoir.
Dans les faits, les chances de grossesse par cycle sont plus faibles : entre 2 et 10 %, contre 25 à 30 % chez les couples fertiles.
« J’ai découvert mon endométriose après un an d’essais infructueux. Avant ça, personne ne m’avait parlé de fertilité », témoigne Sarah, 28 ans.
Mais attention à un raccourci fréquent : endométriose ne veut pas dire stérilité. Les données scientifiques sont claires : une majorité de femmes atteintes peuvent devenir mères, spontanément ou avec une aide médicale.
Autre idée reçue : la sévérité de la maladie ne prédit pas toujours la fertilité. Certaines femmes avec peu de lésions rencontrent des difficultés, tandis que d’autres, avec une endométriose plus étendue, conçoivent sans problème.
Pourquoi l’endométriose peut compliquer une grossesse ?
L’endométriose agit à plusieurs niveaux, ce qui explique la diversité des situations.
Une inflammation chronique qui perturbe tout l’environnement
La maladie repose sur un phénomène inflammatoire. Cette inflammation touche le péritoine, les trompes et l’endomètre, et peut :
- perturber l’ovulation
- altérer la qualité des ovocytes
- compliquer la fécondation
- gêner l’implantation de l’embryon
Certaines études montrent aussi que cet environnement inflammatoire peut altérer les spermatozoïdes et perturber leur progression.
Des adhérences qui modifient l’anatomie
Avec le temps ou après certaines chirurgies, des adhérences peuvent se former.
Résultat : les organes reproducteurs bougent moins bien, et la rencontre entre ovocyte et spermatozoïde devient plus difficile.
Des ovaires parfois fragilisés
Les endométriomes (kystes ovariens liés à l’endométriose) peuvent réduire la réserve d’ovocytes, surtout lorsqu’ils sont volumineux ou présents sur les deux ovaires.
« On m’a parlé de ma réserve ovarienne à 23 ans, c’était complètement abstrait pour moi », raconte Léa.
La chirurgie, parfois nécessaire, peut aussi avoir un impact en diminuant cette réserve ou en favorisant de nouvelles adhérences.
Un équilibre hormonal perturbé
L’endométriose est fréquemment associée à des troubles hormonaux :
- ovulations absentes ou irrégulières
- déficit en progestérone
- anomalies de l’hormone lutéinisante
- troubles thyroïdiens ou hyperprolactinémie
Ces déséquilibres compliquent à la fois l’ovulation et la préparation de l’utérus à une grossesse.
Un endomètre parfois moins réceptif
Certaines anomalies biologiques, comme une diminution des intégrines, peuvent rendre la nidation plus difficile, même si la fécondation a eu lieu.
Des facteurs externes et psychologiques
La fertilité ne dépend pas uniquement de la maladie.
- Les douleurs peuvent rendre les rapports difficiles et moins fréquents
- Les perturbateurs endocriniens (xénoestrogènes) peuvent déséquilibrer les hormones
- Le stress, via le cortisol, peut perturber l’ovulation et la phase lutéale
« Entre la douleur, la fatigue et la pression, ça devenait presque mécanique. On ne pensait plus qu’à ça », témoigne Julie.
Quel parcours de fertilité en cas d’endométriose ?
Projet bébé immédiat : une stratégie au cas par cas
Lorsqu’un désir de grossesse est présent, la prise en charge doit être adaptée rapidement, mais sans précipitation inutile.
L’évaluation repose sur plusieurs critères :
- âge
- réserve ovarienne
- localisation des lésions
- durée des essais
Dans certains cas, une grossesse spontanée reste possible.
Dans d’autres, une aide à l’ovulation ou un accompagnement plus encadré est proposé.
L’enjeu : ne pas surmédicaliser trop tôt, mais ne pas perdre de temps non plus.
PMA et endométriose : des solutions efficaces mais personnalisées
La procréation médicalement assistée (PMA) est fréquemment proposée.
Selon les situations :
- stimulation ovarienne
- insémination intra-utérine
- fécondation in vitro (FIV)
La FIV est souvent privilégiée dans les formes plus avancées.
« La PMA, je ne pensais pas y passer si tôt. Mais ça m’a permis de reprendre un peu de contrôle », explique Manon.
Même si les taux de réussite varient, la PMA permet aujourd’hui à de nombreuses femmes de mener à bien un projet de grossesse.
Chirurgie et fertilité : un bénéfice à nuancer
La chirurgie peut améliorer la fertilité dans certains cas (adhérences, trompes atteintes), mais elle n’est pas systématique.
Elle comporte aussi des risques :
- diminution de la réserve ovarienne
- récidives
- adhérences secondaires
Par ailleurs, une revue scientifique récente (Bouquet de la Joly, B., et al., 2023) souligne que ses bénéfices peuvent être limités en raison de :
- Lésions microscopiques persistantes
- Autres causes d’infertilité non corrigées
- Adhérences récurrentes
- Maladie chronique avec récidive fréquente
- Pathologies associées comme l’adénomyose non traitables par chirurgie
D’où une décision toujours personnalisée, en fonction du projet de vie.
Anticiper : la préservation ovocytaire, une option à connaître
Congeler ses ovocytes : pour qui et pourquoi ?
La préservation ovocytaire (congélation des ovocytes) est aujourd’hui une option proposée dans certaines situations d’endométriose, notamment :
- avant une chirurgie ovarienne
- en cas d’atteinte des ovaires
- lorsque la réserve ovarienne diminue
Elle permet de mettre de côté des ovocytes pour un projet futur.
« On m’a proposé de congeler mes ovocytes à 25 ans. J’étais perdue, mais ça m’a aussi rassurée d’avoir une option », raconte Anaïs.
Un cadre médical existant… élargi récemment
Cette possibilité existe depuis longtemps dans un cadre médical.
Le Code de la santé publique prévoit que toute personne dont la fertilité risque d’être altérée puisse conserver ses gamètes.
Depuis 2021, il est également possible de le faire même sans maladie, ce qui a rendu la pratique plus visible.
Comment se déroule une congélation d’ovocyte ?
Concrètement, la préservation ovocytaire repose sur un protocole bien encadré.
Il débute par une stimulation hormonale des ovaires pendant une dizaine de jours, afin de faire mûrir plusieurs ovocytes. Des échographies et prises de sang permettent de suivre l’évolution.
Une fois les ovocytes prêts, ils sont prélevés lors d’une courte intervention sous anesthésie (générale le plus souvent pour l’endométriose car les ovaires peuvent être difficile à atteindre à cause des adhérences et des lésions), puis congelés et conservés dans des conditions sécurisées.
L’ensemble du processus dure généralement deux à trois semaines, et peut être répété si nécessaire pour augmenter le nombre d’ovocytes conservés.
Cette démarche ne concerne pas toutes les femmes atteintes d’endométriose, mais elle peut être particulièrement pertinente dans certaines situations : en cas d’atteinte des ovaires (endométriomes), avant une chirurgie susceptible d’altérer la fertilité, ou encore chez les femmes jeunes dont la réserve ovarienne commence à diminuer. La décision se prend toujours au cas par cas, en discussion avec une équipe spécialisée, en tenant compte du projet de vie, de l’âge et de l’évolution de la maladie.
Une possibilité, pas une garantie
La préservation ovocytaire ne garantit pas une grossesse future. Mais elle peut offrir une marge de manœuvre supplémentaire dans des parcours souvent incertains.
Informer pour redonner le choix
Face à l’endométriose, les discours autour de la fertilité oscillent encore trop souvent entre alarmisme et simplification.
- Non, l’endométriose ne rend pas systématiquement infertile.
- Non, une grossesse ne guérit pas la maladie.
Mais oui, elle peut avoir un impact — et nécessite une information claire, nuancée et personnalisée.
Pour les étudiantes et jeunes femmes, l’enjeu est crucial : pouvoir faire des choix éclairés, sans pression ni idées reçues.
Par Bertille FLORY, avril 2026